accueil >> les dossiers >> lutte contre l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie
>> Lutte contre l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie
13.02.2004 - Extrait de l'interview accordée par le Président de la République au quotidien israélien Yedioth Aharonoth
(Palais de l'Elysée)
 

QUESTION – L’antisémitisme en Europe et en France inquiète beaucoup d’entre nous. Quelles sont ses causes et quelle est votre réaction ?

LE PRESIDENT – Regardons la réalité en face. Les trois dernières années ont vu en Europe -mais pas seulement en Europe- une résurgence d’actes antisémites, souvent accompagnée d’une banalisation des propos antisémites. C’est inacceptable et révoltant. La France conduit un combat sans relâche contre ce fléau.

Dans les critiques israéliennes sur l’antisémitisme en Europe, seule la France est mise en avant. Je m’en étonne. On me dit que, dans les rues de Tel-Aviv, chez les humoristes, dans les conversations, l’image d’une France antisémite se répand peu à peu. Ces caricatures blessent profondément tous les Français. Non, la France n’est pas un pays antisémite.

Mais nous devons rester d’une totale vigilance. Avec le gouvernement, nous luttons sans relâche contre les propos et les actes antisémites, contre toute banalisation. Les résultats de notre action sont là : les chiffres officiels -les seuls qui vaillent- indiquent une diminution très notable des actes de cette nature. Il y a encore des manifestations inadmissibles, comme récemment lors d’un concert. Des poursuites ont été aussitôt engagées. Les coupables ont été arrêtés. La tendance est à la baisse grâce à la mobilisation de tous, en premier lieu des pouvoirs publics.

Mais vous m’interrogez sur ma réaction. Je l’ai dit à de multiples reprises : la France est fière de sa communauté juive, la seconde du monde après celle des Etats-Unis. Cette communauté qui souligne la longue histoire qui relie notre pays au judaïsme ; cette communauté à qui mon pays doit tant, dans tant de domaines.

S’en prendre à un juif -je l'ai dit- c’est s’en prendre à la France tout entière. La France n'accepte pas l'antisémitisme ; elle le combat. Mais elle n'accepte pas non plus les accusations qui touchent à son honneur. Et je ne les accepte naturellement pas lorsqu’elles me visent personnellement. Ceux qui m’entourent connaissent les relations d’affection profondes qui me lient à la communauté juive de France, la volonté qui aura été la mienne, dès le début de mon premier mandat, de reconnaître les fautes inexpiables du régime de Vichy et de promouvoir une réparation.

QUESTION – La communauté juive de France est inquiète pour son avenir. Avez-vous un message pour elle et pour ceux qui vivent en Israël ? La communauté juive est-elle en sécurité ici ?

LE PRESIDENT – Je vous répondrai : naturellement, oui. La plupart de vos observations, qui ne sont pas les vôtres, les observations auxquelles vous faites référence viennent de gens mal informés ou mal intentionnés. Interrogez directement tous les responsables civils ou religieux de la communauté juive de France et ils vous rassureront complètement sur la sécurité et la pérennité d'une communauté qui existe chez nous depuis deux mille ans et qui sera encore là dans deux mille ans.

QUESTION – Pensez-vous qu'il existe un lien entre la manière dont Israël traite le problème palestinien et l'augmentation de l'antisémitisme en Europe et en France ?

LE PRESIDENT – Il est certain que la population d'origine arabo-musulmane en Europe est sensible à la situation au Moyen-Orient en général et, en particulier, au conflit israélo-palestinien. C'est un fait. Par conséquent, on peut dire que, dans une minorité agissante mais que pour ma part je considère comme une petite minorité, il y a un sentiment d'humiliation qui a pu conduire à des actes de nature antisémite. C'est une préoccupation pour nous, qui nous oblige à une beaucoup plus grande vigilance et à mettre en œuvre tous les moyens pour lutter efficacement contre le développement d'actes de nature antisémite et, plus généralement, xénophobe.

Mais je considère que les mesures qui ont été prises par le gouvernement français, pour la France, en liaison permanente, très étroite, avec les représentants civils et religieux de la communauté juive de France, qui est la deuxième communauté juive du monde après les Etats-Unis, sans parler d'Israël naturellement, je considère que ces mesures sont efficaces et que la situation est bien tenue en main. D'ailleurs, si vous interrogez tous les représentants de la communauté juive de France, je pense qu'ils vous diront la même chose.

QUESTION – Beaucoup de ceux que j'ai interrogés disent que vous êtes le Président qui a le plus fait contre l'antisémitisme en France ?

LE PRESIDENT – Je vous en remercie. C'est un sentiment très profond chez moi que le refus de tout sentiment raciste ou xénophobe, quel qu'il soit, et en particulier, naturellement, de tout sentiment antisémite. Cela me choque profondément, cela choque toutes mes convictions, toutes mes valeurs, tous mes engagements. Et je suis tout à fait déterminé, tant que j'aurai la possibilité de le faire, à être au premier rang de la lutte contre toute forme de racisme, d'antisémitisme ou de xénophobie.