QUESTION - À M. CHRÉTIEN et au Président CHIRAC : est-ce que l'on peut dire, aujourd'hui, après vos entretiens, hier, avec le Président POUTINE, que se dessine un axe canado-russo-français pour dire au futur Président américain sur la NMD, son bouclier anti-missiles : " ne relancez pas la course aux armements et n'essayez pas de rompre le fragile équilibre nucléaire qui existe depuis le traité ABM de 1972 "?
M. JEAN CHRÉTIEN - Ce qui a trait à la position canadienne, nous avons des questions à poser. La position n'est pas prise. Nous n'avons pas été invités par les États-Unis à participer. Seulement, comme vous le savez, nous sommes les voisins et nous sommes géographiquement situés entre la Russie et les États-Unis. Alors, le Président POUTINE a exprimé son point de vue hier et a des questions à poser. Il a des objections. Nous, nous avons des questions à poser et nous espérons qu'il y aura un dialogue entre tous les pays concernés, avant que des décisions finales soient prises par la nouvelle administration américaine. À ce moment-là, il y a moins d'urgence, parce qu'au point de vue technique, ils connaissent encore des difficultés. Mais nous espérons que le dialogue pourra s'établir entre la nouvelle administration et le Canada. J'imagine que la France, l'Union européenne sont pour que l'on essaie de trouver un modus vivendi qui soit acceptable pour tout le monde.
LE PRÉSIDENT - C'est une vraie question d'actualité. Je dirai même que c'est une des questions les plus importantes que l'on puisse poser aujourd'hui. Vous connaissez la position de la France et, d'ailleurs, de l'Union européenne, qui est plus que réservée sur une remise en cause du traité ABM, pour des raisons qui tiennent à notre conviction que ceci pourrait conduire ou risquerait de conduire à une relance forte de la prolifération. C'est donc un sujet majeur. Par ailleurs, chacun sait qu'il pèse sur ce sujet des incertitudes tant financières que techniques. Alors, laissons la nouvelle administration américaine se mettre en place. Et dès qu'elle sera en place et qu'elle aura arrêté sa position, ce qui n'est pas, semble-t-il, tout à fait le cas encore aujourd'hui, en tous les cas pas officiellement -je rejoins complètement la position de Jean CHRÉTIEN-, engageons un dialogue qui sera l'un des grands dialogues des mois et des quelques années à venir. Nous le ferons à ce moment-là et nous verrons ce qui peut en sortir.
QUESTION - Depuis 24 heures, on parle de cette question. Pourquoi est-ce que l'on n'avance pas ? Parce que l'on est trop près des Etats-Unis ?
M. JEAN CHRÉTIEN - Non. Nous n'avons pas besoin de médiation. Nous sommes géographiquement situés entre la Russie et les États-Unis. Et le Président POUTINE a parlé de médiation. Je ne pense qu'il puisse y avoir une médiation. Il faut établir un dialogue. Vous avez entendu le point de vue de l'Union européenne et de la France sur ce sujet. On pose beaucoup de questions. Nous envisageons, nous autres, l'avenir pour garantir la sécurité, que chacun souhaite. Mais il est évident que M. POUTINE a beaucoup de questions à poser. Il souhaite avoir un dialogue. Comme nous tous, il souhaite trouver une formule plus acceptable pour tout le monde. Mais on n'a pas demandé, il n'y a pas besoin d'ailleurs, pour l'instant, que quelqu'un joue un rôle de médiateur.