Extraits du discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion du 30ème anniversaire de la Commission des opérations de bourse (Paris - 9 décembre 1997)
(...) Le passage à l'euro constituera une échéance historique majeure. Il va modifier en profondeur nos comportements économiques et aussi la vie de nos entreprises. Il sera le moteur de l'Union européenne, il renforcera la place de l'Europe dans le monde et nous devons bien entendu nous y préparer activement.(...) Le 1er janvier 1999 constituera un temps fort pour l'Union européenne. Certes, nous ne disposerons pas encore des billets et des pièces libellés en euro, ils ne seront disponibles qu'en 2002, mais les marchés financiers fonctionneront déjà avec la nouvelle monnaie européenne. Pour nos concitoyens qui placent tout ou partie de leur épargne dans des actions, des obligations ou d'autres produits financiers, l'euro deviendra, dans à peine plus d'un an, la véritable référence. Au-delà des enjeux techniques de l'euro - je sais que la place de Paris s'y prépare méthodiquement depuis de longs mois - l'essentiel est de susciter l'adhésion et d'emporter la confiance de nos concitoyens, des épargnants et des opérateurs internationaux. Beaucoup a été fait dans les principaux pays de l'Union, notamment en France, pour faire de l'euro une monnaie solide et forte, une monnaie qui inspire confiance. La première exigence, c'est la remise en ordre des finances publiques. Elle est indispensable, parce qu'un pays qui s'endette est un pays qui s'affaiblit et compromet son avenir. Il ne faut pas relâcher nos efforts dans ce domaine. Mais pour que l'euro soit l'"affaire de tous", il faudra un effort toujours plus grand d'explication et de pédagogie. L'euro ne doit pas être seulement la référence des techniciens, des financiers ou des hommes d'affaires. Il ne doit pas être une source de complexité supplémentaire pour nos concitoyens. Il doit devenir la monnaie de chacune et de chacun d'entre nous. Cela ne sera pas facile. Nos PME, qui accèdent plus difficilement à l'information que nos grandes entreprises, devront faire l'objet d'une attention particulière. Aux acteurs de la Place d'y veiller. Mais aussi aux administrations d'être exemplaires et d'être prêtes à temps. La monnaie unique constitue également un enjeu économique pour l'Europe. Aboutissement de l'unification des marchés de biens et de services, elle élargit l'horizon de nos entreprises, de notre système financier et de nos épargnants à l'Union tout entière. L'euro doit se faire au bénéfice,
pour ce qui nous concerne, de la place financière de Paris.
Elle dispose pour cela de nombreux atouts, mais compte aussi des
points faibles. Pour soutenir le développement de nos entreprises,
nous avons besoin d'un système bancaire et financier qui
soit plus performant. Nous avons besoin de banques plus proches
de leurs clients, capables de jouer un rôle éminent
dans la compétition européenne. Dans le domaine boursier, je me réjouis que Paris et Francfort aient entrepris d'approfondir leur coopération, leur collaboration. D'autres places financières viendront demain y joindre leurs forces. Mais le changement de dimension de notre marché financier ne devra pas se faire au prix d'une moindre sécurité pour les épargnants. Chaque pays a ses traditions et ses institutions de régulation. Il ne s'agit donc pas de créer de nouveaux organes de contrôle, mais de renforcer la collaboration entre les différentes institutions nationales. La présence, aujourd'hui, des Présidents des organismes de régulation financière européens et je tiens à les saluer amicalement, montre que cette coopération est bien engagée. Je suis heureux de la décision qui vient d'être prise d'organiser la coopération entre les " COB " européennes sur une base structurée et permanente dans le cadre du nouveau forum "FESCO". L'euro est aussi une chance pour la France. Notre pays dispose de nombreux atouts dans la compétition internationale. Nos entreprises petites, moyennes ou grandes s'adaptent sans relâche pour aborder, en meilleure position, les nouveaux marchés à l'exportation. L'excédent croissant de notre commerce extérieur atteste de leur compétitivité et aussi de leur vitalité. Demain, nos entreprises seront conduites à multiplier et à approfondir leurs alliances et leurs partenariats au-delà de nos frontières. Les mouvements auxquels nous assistons d'ores et déjà vont inévitablement s'accélérer. Nous pouvons en tirer le meilleur parti à condition de ne pas laisser l'internationalisation des flux de capitaux fonctionner à sens unique. A condition de ne pas nous satisfaire d'un " capitalisme français sans capitaux ".(...) Demain l'Europe va se doter d'une monnaie qui deviendra, très vite, une devise de référence mondiale. Une monnaie qui donnera aux pays de l'Union européenne la place qui revient de droit à la première puissance économique du monde sur la scène internationale qu'est l'Union européenne.(...) Mon ambition pour la France est que nous entrions " forts et dynamiques " dans l'euro. Si je souhaite l'union de l'Europe, je souhaite aussi que la France puisse, demain comme hier, maîtriser son destin économique. L'enjeu est de taille. Il y va de notre présence, de notre place dans le monde. |