Extraits de l'interview accordée par M. Jacques Chirac, Président de la République, à Time (Palais de l'Elysée - 
4 décembre 1995).

Question - Peut-on imaginer un avenir pour la France en dehors de l'Europe ?
Le Président - Non ! Regardez les grandes tendances, tout montre que l'on va vers des ensembles plus grands. Il n'est pas possible pour un pays d'être tout seul s'il veut rester grand et fort.

Question - Certains craignent que la monnaie unique ne limite la souveraineté de la France. Qu'en pensez-vous ? 
Le Président - Premièrement, je voudrais vous dire que, moi, je ne suis pas un idéologue, je suis un pragmatique. La monnaie unique, qu'est-ce que c'est ? C'est simplement la forme achevée de la stabilité du change. Or la France a toujours affirmé la nécessité de changes stables. La monnaie unique, derrière les passions et les polémiques des campagnes, c'est en réalité tout simplement le retour à des changes fixes, ce qui, à nos yeux, est une nécessité. Cela ne met pas du tout en cause la souveraineté de la France.

Question - La plupart des pays de l'Union européenne, dont la France, ne satisfont pas encore les critères de Maastricht. Ne serait-il pas souhaitable de retarder la mise en application de la monnaie unique ou d'assouplir les critères de convergence ?
Le Président - Non, les critères sont ce qu'ils sont, mais ils expriment simplement la nécessité d'avoir des comportements de gens responsables et sérieux. Si bien que, pour ma part, je ne suis pas du tout d'avis de changer quoi que ce soit. Alors vous dites : "reporter". Je regrette que la France de 1993 n'ait pas fait comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni, c'est-à-dire commencé sont effort d'ajustement, notamment pour diminuer ses déficits. Cela nous oblige à faire en deux ans et demi ce que les autres ont fait en cinq ans. Evidemment, c'est beaucoup plus difficile. Surtout après quatorze ans de gestion laxiste, c'est-à-dire qui consiste à dépenser plus qu'il n'est raisonnable, ce qui a fini par accumuler des déficits et des dettes, qui sont une vraie faiblesse.(...)