Extraits du discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, lors de l'inauguration du salon aéronautique du Bourget (Le Bourget - 10 juin 1995)

(...) Pour la France, l'ouverture au monde passe pour une large part, par l'Europe, et l'Agence spatiale européenne.

Le succès d'Ariane, une nouvelle fois confirmé cette nuit par le lancement du satellite de télévision directe américain DBS est la démonstration parfaite de notre maîtrise des systèmes de lancement sans lesquels il n'y a pas d'autonomie possible.

Aujourd'hui ce sont les applications stratégiques et économiques de l'espace qui dépassent, elles aussi, le cadre des frontières nationales. Réalisés en coopération ou utilisés pour relier entre eux les différents points du globe, les satellites d'observation de la terre, de localisation et de télécommunication sont entrés dans notre univers quotidien. Ils ouvrent d'inestimables perspectives de développement.

La France a toujours été porteuse d'une ambition spatiale forte. Cette ambition, elle doit aujourd'hui la renouveler.

Il nous revient de lancer, et de proposer à nos partenaires, les futurs programmes civils et militaires qui dessineront les applications spatiales de demain. La coopération franco-allemande est au coeur de ce dispositif. Il faut beaucoup attendre des futurs programmes de l'Agence spatiale européenne qui seront définis, dans le cadre de la conférence qui se tiendra à Toulouse en octobre, mais aussi des projets de satellites d'observation militaires ou civils menés en coopération directe.

Je n'oublie pas, en effet, les grands pays spatiaux de l'Europe et du monde, avec lesquels les développements futurs seront à l'échelle de la planète tout entière, en particulier dans le cadre de la station spatiale internationale Alpha et de sa desserte, dont le contour doit être défini en fonction de nos intérêts technologiques et scientifiques.

L'Europe doit aussi être privilégiée dans nos choix aéronautiques. Sans la coopération européenne, l'industrie de notre continent aurait disparu depuis longtemps, faute d'une taille critique nécessaire dans un marché qui est mondial. Je salue donc l'élargissement récent à British Aerospace de l'accord franco-italien entre Alenia et Aerospatiale sur les avions régionaux ATR. (...)

Dans le secteur aéronautique et les missiles, les enjeux sont aujourd'hui clairs :

- il faut constituer à l'échelle européenne des ensembles industriels de taille suffisante pour être compétitif. Un certain nombre d'accords ont été conclus récemment ou sont en cours de négociation, et je m'en réjouis.

- Il convient, parallèlement, de poursuivre une politique soutenue de développement des moyens modernes de notre défense. Le Rafale, dont nous venons de voir la brillante démonstration, en est un remarquable exemple, auquel ont contribué les grands industriels français. L'industrie française a su s'imposer au plan mondial par ses compétences technologiques. Elle doit continuer à figurer dans le peloton de tête : c'est une condition de notre souveraineté et un élément essentiel de la construction de l'Europe de la défense, dont l'actualité montre toute la nécessité.

Au-delà de ces enjeux techniques et stratégiques, le défi qui est lancé à ces industries est aujourd'hui économique, financier et social :

- défi économique, parce qu'il s'agit d'affronter une concurrence sévère. La compétitivité est une question de survie ;

- défi financier, parce que les nouveaux programmes s'inscrivent dans un contexte budgétaire difficile et qu'il nous faudra trouver les bons équilibres ;

- défi social enfin, parce que les industries de défense sont, dans de nombreux bassins, parmi les principaux employeurs, et qu'elles drainent un tissu très dense de PME performantes. Il s'agit, là aussi, de mettre en place une politique qui fasse vraiment de l'emploi la priorité.

La conduite d'une stratégie européenne déterminée est la seule façon de relever ces défis. Les études préliminaires de l'avion de transport futur, associant huit pays, en sont une illustration claire. Encore faut-il qu'elle soit payée de retour par une préférence européenne bien naturelle, ce qui doit être rappelé. Ainsi, une vraie politique européenne de défense pourra prendre appui sur une industrie de défense forte et exportatrice.(...)