EXTRAIT DE L'ALLOCUTION

DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC,
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,

LORS DE LA PRESENTATION DES VOEUX
DU CORPS DIPLOMATIQUE

PALAIS DE L'ELYSEE

8 JANVIER 2004

L'année qui s'est achevée (...) fut aussi porteuse d'espoir. (...)

Espoir pour l'Europe enfin, qui voit se réaliser l'élargissement tant attendu et qui s'est engagée, malgré les obstacles qu'elle doit surmonter, dans la patiente élaboration d'une Constitution.

C'est donc avec confiance que j'aborde 2004. Une année consacrée à la rénovation du multilatéralisme, à la construction d'une Europe unie et, bien sûr, une année consacrée à réduire les menaces contre la paix.

2004 sera aussi l'année d'une Europe retrouvée, avec l'adhésion de dix partenaires en mai ; d'une Europe renouvelée, avec les élections en juin du premier Parlement de l'Europe élargie, suivies de la mise en place de la prochaine Commission à l'automne.

L'avènement de cette grande Europe, c'est d'abord l'enracinement de la paix et de la démocratie sur notre continent, objectif essentiel de ce grand projet. C'est la promesse d'une croissance plus soutenue et d'échanges intensifiés entre les peuples. C'est aussi l'adoption par nos nouveaux partenaires des normes les plus élevées en matière de sécurité alimentaire, maritime ou nucléaire ainsi que de disciplines renforcées contre la criminalité organisée et l'immigration clandestine.

La France aborde avec confiance cette métamorphose de l'Europe, cette nouvelle ère de liberté, de sécurité et de prospérité partagées. Je me rendrai en Hongrie le mois prochain, pays exemplaire de cette grande mutation qu'ont menée avec succès les pays qui nous rejoignent aujourd'hui.

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Cette nouvelle Europe nouvelle doit aussi être une Europe en marche qui poursuit son intégration. Elle a besoin d'une cConstitution pour fonctionner efficacement, pour répondre aux attentes des citoyens, pour mieux s'affirmer dans le monde. Le Traité de Nice était une condition indispensable pour permettre à l'Union de s'élargir dans les délais prévus. L'enjeu est aujourd'hui d'une tout autre nature : adopter un nouveau projet politique pour les peuples européens, un projet qui incarne une vision et une ambition de l'Europe et qui constitue le cadre de notre action commune pour les décennies à venir.

Pour agir et avancer, cette Europe a besoin de majorités claires et légitimes. L'Europe se construit sur des solidarités et non sur des capacités de blocage. Cette exigence suppose également une Commission qui puisse continuer à incarner l'intérêt général européen et un Conseil qui échappe autant que possible aux risques de paralysie que peut impliquer, à 25, la règle de l'unanimité.

Cette ambition, c'est celle proposée par la Convention et partagée par de très nombreux pays, y compris parmi ceux qui nous rejoignent en mai prochain. Nous avons été conduits à Bruxelles, le mois dernier, à nous donner un délai supplémentaire pour la suite des travaux de la conférence intergouvernementale. Ce temps de la réflexion ne doit pas être le temps de l'inaction. Je fais toute confiance à la présidence irlandaise pour nous présenter une juste évaluation de la situation lors du Conseil européen de mars prochain, en vue de parvenir tous ensemble à un accord sur le traité constitutionnel. La France lui apportera tout son appui.

Nous savons bien aussi qu'au sein de l'Europe à 25, et bientôt à 27 et davantage, tous ne pourront pas marcher du même pas. Les plus hésitants ne doivent pas freiner ceux qui sont déterminés à aller plus vite et plus loin. L'Allemagne et la France seront naturellement au coeur de ces groupes pionniers. Et je forme le voeu que nous puissions avancer dans cette voie avec les autres pays fondateurs, mais aussi avec la Grande-Bretagne et tous ceux, anciens et nouveaux pays membres, qui veulent donner un supplément d'âme et de force à l'Union européenne.

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Les progrès réalisés dans le domaine de la défense nous renforcent dans la conviction que l'Europe est avant tout affaire de volonté politique. C'est cette volonté qui a permis le lancement des deux premières opérations militaires de l'Union européenne en Macédoine et en République démocratique du Congo. C'est elle encore qui permet de développer la capacité de l'Union à planifier et à conduire des opérations autonomes, tout en confortant sa relation avec l'Alliance atlantique, qui demeure naturellement le fondement de notre défense collective.

Au sommet de l'OTAN à Istanbul, en juin prochain, je confirmerai la volonté de la France de prendre toute sa place dans la transformation de l'Alliance, en particulier dans la NRF, la force de réaction de l'OTAN, dont je note qu'elle sera l'un des principaux et des premiers contributeurs. Je rappellerai aussi qu'une alliance n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle est respectueuse des positions de chacun.

Le soixantième anniversaire du débarquement en Normandie, l'un des événements fondateurs du lien transatlantique, sera l'occasion de célébrer cette communauté de valeurs qui unit les démocraties et transcende les rivalités d'hier. Voilà pourquoi je me réjouis que le Chancelier fédéral allemand ait accepté mon invitation à participer à cet événement. C'est également l'esprit dans lequel, dans la fidélité à ces valeurs qu'à à Londres et à Paris, nous célébrerons le centenaire, cette année, de l'Entente cordiale.