31.12.2001 : extraits du discours du Président de la République lors de la présentation des voeux aux Français (Palais de l'Elysée)

Avec l'arrivée de l'euro, nous allons vivre dans quelques heures un moment historique : 300 millions d'Européens partageront désormais la même monnaie. C'est l'Europe qui avance. C'est l'Europe qui progresse.

Cette Europe, nous la regardons autrement depuis les terribles événements qui ont touché l'Amérique au coeur le 11 septembre dernier.

Dans un monde où les foyers de haine et d'incompréhension sont nombreux, où les inégalités se creusent, où le sentiment d'injustice est si présent, nous mesurons davantage combien il importe que l'Europe s'affirme, qu'elle relaie et amplifie l'action des nations, qu'elle participe en tant que telle aux évolutions du monde.

L'euro est une victoire de l'Europe. Après un siècle de déchirements, de guerres et de tâtonnements, voici que, dans la paix, l'unité et la stabilité, notre continent affirme enfin son identité et sa puissance ! Nous pouvons en être fiers, car c'est aussi un succès pour tous les Français, la récompense des efforts qu'ils ont consentis.

Bien sûr, il faudra à chacune et à chacun un temps d'adaptation pour trouver ses repères, apprendre les prix, apprivoiser la nouvelle monnaie.

Certains éprouveront peut-être des difficultés. En y mettant toute la patience, l'attention et l'entraide nécessaires, vous verrez que les nouvelles habitudes ne tarderont pas à venir.

Mais vous le savez bien, il ne s'agit pas seulement de remplacer nos francs par des euros. L'euro, c'est une chance d'avenir supplémentaire pour la France et les Français. Et c'est aussi une nouvelle façon d'être en Europe, de vivre l'Europe, une Europe du quotidien qui doit devenir pleinement celle des citoyens.

Dans sa longue histoire, la France a parfois été tentée de se replier sur elle-même. Ensemble, oui ensemble, nous avons voulu au contraire qu'elle aille de l'avant, qu'elle ait confiance en elle, que son horizon s'étende, qu'elle s'ouvre davantage sur le reste du monde.

Il y a six ans, au prix d'un effort considérable des Français pour réduire nos déficits publics, nous nous sommes engagés, nous nous sommes mis en situation d'être qualifiés pour l'euro. Chacun sait que ce n'était pas gagné d'avance. Mais nous l'avons fait. Nous y sommes parvenus et ce choix est maintenant définitif. Nous l'avons voulu pour que chaque rançais ait toutes les cartes en main pour le XXIe siècle. Nous avons ainsi rempli notre part du contrat européen.

L'euro n'est pas une fin en soi. Il signifiera, pour nous, plus de croissance, plus d'emplois, plus de pouvoir d'achat, plus d'échanges. Une France plus forte. Mais il doit être avant tout un instrument au service de l'Europe des hommes que nous construisons.

À nous maintenant d'en tirer parti ! Car si l'euro est une chance, c'est aussi un défi.

Nous avons de nombreux atouts pour faire de l'euro un formidable amplificateur d'énergie et de prospérité. Notre modèle économique et social qui allie développement économique et protection solidaire contre les risques de l'existence. La vitalité de nos entreprises. La force de notre agriculture. Notre géographie, au carrefour de toutes les routes européennes. Nos infrastructures, nos services publics, la qualité de nos formations et de notre recherche. Notre langue. Notre culture.

Mais pour que l'euro tienne ses promesses, pour qu'il nous permette d'améliorer notre rang et nos positions dans le monde, de grandes réformes de modernisation de la société, de l'économie et de l'État devront encore être engagées pour lever les obstacles qui freinent notre progrès.

J'ai confiance qu'elles le seront. La France est dynamique, courageuse, ambitieuse. Elle a besoin d'abord de se retrouver telle qu'en elle-même pour affirmer ses valeurs, celles de la République, qui fondent nos libertés.

Elle a besoin d'un État fort, d'une autorité respectée, d'un ordre républicain assumé. Elle a besoin d'unité et de cohésion.