29.08.2002 : Extraits du discours du Président de la République lors de la réception des ambassadeurs (Palais de l'Elysée)

A Strasbourg, le 6 mars dernier, j'ai proposé aux Français ma vision de l'Europe. C'est désormais notre feuille de route. Elle nous oblige car l'avenir de l'Union se joue dans la période qui s'ouvre. En faisant preuve d'imagination, en prenant des initiatives, nous devons mener à bien plusieurs chantiers.

D'abord celui de l'arrivée, programmée à l'horizon 2004, de dix nouveaux membres. L'élargissement, la France l'appelle de ses voeux car il y va de l'enracinement de la paix et aussi de la démocratie sur tout le continent européen.

Nous devons maintenant tenir les délais. L'Union sera au rendez-vous. Elle devra présenter aux candidats, au plus tard en novembre, ses propositions financières détaillées, en particulier celles concernant les aides directes agricoles.

Les règles du jeu sont claires. Elles sont conformes à un principe qui a présidé à toutes les adhésions : dans leur intérêt, comme dans celui de l'Union, les candidats reprennent l'intégralité de l'acquis communautaire. Je n'accepterai donc pas que l'élargissement serve de prétexte à une réforme anticipée de la PAC, réforme qui ne peut avoir lieu qu'en 2006, conformément au contrat solennellement conclu à Berlin. La France est prête à en discuter mais le débat ne peut se tenir qu'avec les nouveaux membres.

Nos ambassadeurs dans les pays candidats ont un rôle majeur à jouer pour expliquer nos positions et dissiper d'éventuels malentendus. Ils doivent relayer l'action des membres du gouvernement dont la présence en Europe centrale et orientale va s'accroître. J'ai demandé en particulier au ministre des Affaires étrangères et à Madame Noëlle LENOIR de rendre visite à nos futurs partenaires d'ici la fin de l'année pour qu'ils sachent combien la France les attend et souhaite leur intégration réussie au sein de la famille européenne.

Nous devons, parallèlement, veiller à ce que les nouveaux voisins de cette Union élargie ne se sentent pas délaissés. Il ne faut pas que se crée une nouvelle ligne de fracture en Europe. Le processus d'élargissement doit donc s'accompagner d'un renforcement du partenariat avec la Russie et avec l'Ukraine. C'est ce que souhaite la France. Nous avons fait un pas supplémentaire en ce sens avec le Président POUTINE il y a un mois, à Sotchi.

En même temps qu'elle s'étend à l'Est, l'Union doit redoubler d'attention à l'égard des pays de la rive sud de la Méditerranée. Je regrette que le processus de Barcelone, d'initiative française, ait été freiné dans sa dimension politique par la crise du Proche-Orient. Mais il existe des marges de progrès : avançons sur le volet économique, enrichissons le dialogue culturel, préparons pour 2004 une stratégie méditerranéenne du développement durable ambitieuse, dans l'esprit de Rio et de Johannesburg. La France se propose d'accueillir l'an prochain une réunion préparatoire informelle qui rassemblera les meilleurs connaisseurs de notre espace commun pour évaluer ensemble les défis et en tirer des perspectives pour l'avenir. Parallèlement, la France souhaite resserrer ses liens privilégiés avec les trois pays du Maghreb. Et, dès l'an prochain, je retournerai dans chacun de ces pays. En Algérie, j'effectuerai une visite d'État à l'invitation du Président BOUTEFLIKA.

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La Convention sur l'avenir de l'Union constitue notre deuxième grand chantier. J'en attends, pour les citoyens européens, un nouveau projet ambitieux, de portée constitutionnelle. J'en attends également des solutions novatrices, adaptées à une Europe qui va changer de visage avec l'élargissement.

La France est résolument engagée dans les travaux de la Convention. Elle veut être une force de propositions pour améliorer la gouvernance économique au sein de la zone euro ; pour renforcer l'espace européen de liberté, de justice et de sécurité ; et pour rendre la politique étrangère et de sécurité forte et efficace dans une Europe à vingt-cinq.

Certaines règles de fonctionnement de l'Union devront être revues. Je pense en particulier à la Présidence semestrielle du Conseil, qui n'est plus concevable dans l'Europe élargie. J'ai donc proposé que les chefs d'Etat et de Gouvernement désignent un Président du Conseil européen pour une durée suffisamment longue. L'Union gagnerait ainsi en stabilité et en visibilité sur la scène internationale.

Dépassons par ailleurs les vieux clivages entre partisans de la coopération intergouvernementale et adeptes de la communautarisation systématique. Vouloir étendre à la politique étrangère les procédures communautaires appliquées au marché intérieur ou à la politique de concurrence irait contre le bon sens et les réalités nationales.

L'important, c'est de renforcer la crédibilité et l'efficacité de l'action extérieure de l'Union. Définissons avec précision, dans une déclaration solennelle, les grands axes de la politique extérieure de l'Union pour les prochaines années. Prenons l'engagement de rechercher systématiquement l'intérêt européen dans les situations de crise. Cela nous rassemblerait davantage et créerait, comme ce fut le cas dans les Balkans, une unité de vues propice à la définition de politiques fortes.

Il faut également mieux identifier les responsabilités entre le Conseil et la Commission, veiller à une plus grande cohérence dans l'utilisation des moyens financiers de l'Union. L'idéal serait que l'Europe dispose, en quelque sorte, d'un ministre des Affaires étrangères qui exercerait, auprès du Président du Conseil européen, les fonctions qui sont aujourd'hui celles du Haut représentant pour la PESC et du Commissaire pour les relations extérieures.

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La troisième priorité de notre diplomatie européenne, dans les prochains mois, sera de travailler comme nous en sommes convenus avec nos partenaires allemands, à la refondation et à l'approfondissement de la relation franco-allemande.

L'accord franco-allemand n'est pas à lui seul suffisant pour faire avancer l'Europe mais, l'expérience le prouve, il en est toujours une condition nécessaire. C'est bien sous l'impulsion de nos deux pays, que l'Europe de demain se dessinera. J'ai donc souhaité qu'à l'occasion du 40ème anniversaire du Traité de l'Elysée, en janvier 2003, la France et l'Allemagne concluent un nouveau "pacte fondateur". Avec le Chancelier, nous avons décidé à Schwerin d'en confier la préparation à Dominique de VILLEPIN et à son homologue allemand.

Il ne s'agira pas d'un nouveau Traité mais d'une déclaration politique forte, assortie de mesures de coopération concrètes dans tous les domaines, témoignant du rôle moteur de nos deux pays dans la construction de l'Europe. Nos institutions communes seront modernisées pour favoriser une meilleure connaissance réciproque de nos sociétés, pour rapprocher nos diplomaties, nos armées, nos administrations et pour inviter nos parlements à travailler davantage ensemble.