Extraits discours prononcé par M. Jacques Chirac, Président de la République, devant le Keidanren (Tokyo - 27  avril 1998). 

(...)Plus de stabilité du système financier international : voilà précisément l'un des enjeux de l'euro.

Le 2 mai prochain, à Bruxelles, l'Union européenne donnera le coup d'envoi de l'euro. Et le 1er janvier 1999 verra la naissance d'une nouvelle monnaie.

Pour les Européens, c'est un rendez-vous historique. L'euro scellera l'union de nos vieux pays. Elle ancrera la solidarité des nations qui se sont si souvent déchirées dans le passé. Le siècle qui s'achève aura vu les Européens s'affronter au cours des guerres les plus meurtrières que l'humanité ait jamais connues. Champ de batailles millénaire, l'Europe est devenue, en seulement un demi siècle, et par la volonté de quelques hommes, un continent de paix et de démocratie.

Mon ami, le Chancelier Helmut Kohl, rappelait récemment, au Bundestag, cette belle phrase de Konrad Adenauer, je le cite " l'unité européenne, ce rêve caressé jadis par une poignée d'hommes, ce rêve devenu pour beaucoup une espérance est pour nous tous désormais, une nécessité " et permettez-moi d'ajouter aujourd'hui cette nécessité est devenue une réalité.

L'euro est bien plus qu'un simple moyen de paiement. Il a une portée symbolique. Avec lui les Européens seront plus forts et plus solidaires dans un monde qui affirme chaque jour, sa volonté, sa vocation multipolaire.

Aujourd'hui, toutes les conditions sont réunies pour que l'Europe réussisse son passage à la monnaie unique le 1er janvier prochain.

Pour réussir, pour emporter la confiance des opérateurs économiques nationaux et internationaux, une monnaie doit être crédible. C'est à dire fondée sur des réalités économiques tangibles. Il fallait que nos économies soient " compatibles ". C'est tout l'objet des fameux critères de Maastricht. Critères de bonne gestion et critères de rapprochement, de convergence de nos économies.

En cinq ans, que de progrès accomplis. Il y a cinq ans, les économies européennes tiraient à hue et à dia. Les déficits publics minaient la croissance. Les taux d'inflation et les taux d'intérêt étaient très différents d'un pays à l'autre, en Europe.

Certes les difficultés n'ont pas manqué. Mais les Européens ont relevé le défi. Et le succès est là.

Onze pays participeront à la monnaie unique. Je me félicite de la force d'attraction de l'euro et des efforts de tous les pays pour figurer sur la ligne de départ. Je souhaite que, très vite, l'euro soit la monnaie de l'Union tout entière d'aujourd'hui et de l'Union européenne de demain.

La performance de la France mérite d'être soulignée. Engagée avec détermination dans ce grand projet, elle fait partie des trois seuls pays de l'Union économique et monétaire avec le Luxembourg et la Finlande, qui respectent strictement la totalité des critères fixés à Maastricht.

Ainsi, le 1er janvier prochain, l'Europe achèvera l'unification de son marché, le plus grand du monde, et l'un des plus puissants et des plus prometteurs. Un marché fort de 350 millions de femmes et d'hommes. Demain l'Europe qui s'élargit comptera 500 millions d'habitants. 

Avec l'euro, disparaîtront les incertitudes monétaires et les crises de change qui ont fait tant de mal à nos économies dans le passé. Avec l'euro et l'unification du grand marché européen, l'horizon de nos entreprises s'élargit. Leur compétitivité s'améliore, aiguillonnée par la concurrence qui bénéficie également au consommateur européen. L'efficacité de notre outil de production se renforce, dynamisant notre croissance et demain nos emplois.

Déjà, la seule perspective de l'euro, vous l'avez noté, a protégé l'Europe des turbulences de la crise financière asiatique. Avec l'euro, l'Europe, première puissance économique du monde, devient une grande puissance monétaire. L'euro sera, à côté du dollar, un stabilisateur du système monétaire international.

Mais la monnaie unique a ses exigences. Elle doit inspirer la confiance à ceux qui la détiennent. Elle doit être solide et stable. Voilà pourquoi il nous faut poursuivre la restauration de nos finances publiques et réduire notre endettement. On ne fonde pas une monnaie solide sur des dettes. Voilà pourquoi nous devons mieux coordonner nos politiques économiques et mener ensemble des politiques pour l'emploi adaptées. Voilà pourquoi nous avons défini, entre nous, un cadre de croissance et de stabilité.

Mon ambition est celle d'une Europe forte et ouverte. Une Europe en croissance. C'est l'intérêt de tous. L'Europe ne sera jamais une forteresse. Elle ne se refermera pas sur elle-même. Elle est déjà l'ensemble le moins protectionniste du monde.(...)

Mon ambition pour la France est qu'elle soit forte dans l'Europe. Pour qu'elle demeure elle-même. Pour qu'elle y fasse entendre sa voix, sa vision de l'homme, sa conception du monde. Voilà pourquoi elle doit être au premier rang des nations européennes. Voilà pourquoi elle doit continuer à s'adapter et à se moderniser.(...) »