Extraits de l’interview de M. Jacques Chirac, Président de la République, au journal « Le Monde » (Paris - 27 février 1998). 

Question - Comment avez-vous apprécié l'attitude de vos partenaires européens au long de [la] crise [irakienne] ? Que pensez-vous de la position de ceux qui disent, au fond, que ce que la France a fait dans cette affaire, elle n'aurait pas pu le faire dans le cadre d'une politique extérieure, s'il avait fallu définir une position commune aux Quinze ?

Le Président - J'ai une vision du monde de demain et de la place que doit y occuper l'Europe. Je veux le renforcement de l'unité européenne. C'est un combat quotidien. C'est l'euro, c'est l'élargissement, autant de pas importants dans cette direction. Restent deux domaines à explorer : la défense et la politique étrangère.

Mais vous me dites : s'il y avait une politique extérieure et de sécurité commune, est-ce que nous aurions eu la même liberté de manoeuvre dans la crise irakienne ? Moi je crois que oui. J'en suis même tout à fait persuadé. Je vais vous dire pourquoi.

Une grande nation comme la France, avec son histoire, sa culture, son génie propre, aura toujours une politique étrangère forte et entraînante. 

Le jour où il y aura une politique étrangère européenne, la France continuera à prendre des initiatives mais elle les prendra avec l'Europe et elle n'en sera que plus forte. Ne nous faisons pas peur. Nous conserverons toute notre capacité d'initiative et d'influence. Une politique étrangère commune ne nous enlèvera rien et nous apportera un poids supplémentaire.

Question - On a tout de même l'impression que nos partenaires de l'Union ont été singulièrement plus timides que nous dans cette crise, et même que Washington pouvait jouer sur les divisions des Européens ? 

Le Président - Dans la crise irakienne, le Président Clinton voyait d'un œil plutôt favorable les efforts que nous déployions pour parvenir à une solution diplomatique. Mais il est vrai que, dans d'autres situations, les choses se sont présentées de manière différente. Nous avions exprimé, par exemple, nos suggestions sur la réforme de l'OTAN. Nous avions été, au départ, bien soutenus par nos partenaires européens. Et puis... Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. La politique étrangère et de sécurité, si l'Europe la mérite, si elle la veut vraiment, sera un plus pour tous.(...)