Extraits du discours prononcé par Monsieur Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion du colloque du salon international de l'alimentation (Villepinte - 20 octobre 1998). 

(...)Il ne s'agit pas, bien évidemment, de faire obstacle au progrès, mais de trouver un juste chemin pour concilier innovation et protection du consommateur.

Pour réaliser cette ambition, l'Etat, qui est l'ultime garant de la sécurité des citoyens, a un rôle essentiel à jouer. 

J'assigne à la France une triple mission : promouvoir, au plan international, des normes universelles. Contribuer à faire de l'Europe un véritable espace de sécurité pour les consommateurs. Prévenir efficacement, à l'intérieur de nos frontières, tout danger sanitaire. 

Au niveau international, la responsabilité des Etats est primordiale. Nous ne pouvons accepter que la mondialisation des échanges dilue les exigences de la sécurité. Il nous revient donc d'organiser le marché pour que s'instituent progressivement des normes universelles. Il faut que les préoccupations de santé publique prennent la place qui leur revient, une place centrale, dans les négociations commerciales. Nous y travaillons.

Des principes plus rigoureux commencent à être posés. Une harmonisation internationale de la qualité des produits se met déjà en place à travers le Codex Alimentarius, devenu la norme de référence en cas de litiges. 

Dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce, les Etats peuvent désormais refuser l'importation d'un produit alimentaire qui présente des risques pour la santé de l'homme et des animaux ou pour la protection des plantes. La Communauté Européenne se bat pour l'application pleine et entière de ce principe. Elle a raison. Nous la soutenons.

Pour mieux faire entendre sa voix, la France doit, avec votre aide, développer sa capacité d'expertise nationale et internationale. Car seule une collaboration étroite entre l'expert scientifique et le responsable politique permet l'évaluation des risques alimentaires et la communication sur ces risques. Une participation active des administrations comme des industriels français aux comités qui élaborent les normes du Codex est fondamentale pour défendre nos positions, positions qui ne sont dictées que par la prudence et le souci de préserver la santé de chacun. Nous ne sommes pas protectionnistes, nous sommes protecteurs de la santé.

Ainsi, dès que l'hypothèse d'une transmission à l'homme de la maladie de la vache folle a été connue, les autorités françaises ont pris, seules, la décision d'arrêter toutes les importations de viande bovine et de bovins vivants en provenance de Grande-Bretagne. Sans cette extrême vigilance, notre pays aurait été bien davantage touché par la contamination. Ceux qui avaient fait, à l'époque, d'autres choix ont rapidement reconnu leur erreur.

Faire de l'Europe un espace de sécurité pour les consommateurs : tel doit être notre deuxième objectif. 

Du mal est heureusement sorti un bien : depuis la crise de la "vache folle", la Communauté Européenne a véritablement pris conscience qu'elle devait se préoccuper de la sauvegarde de la santé dans tous ses champs d'intervention. Le traité d'Amsterdam permettra désormais aux autorités européennes de prendre des mesures protectrices dans les domaines vétérinaires et sanitaires. C'est une faculté importante car, au sein du marché unique, les aliments circulent librement. Oui, construire l'Europe, c'est aussi instaurer un espace de sécurité pour les consommateurs à l'échelle du continent.(...)