Extraits du discours du Président de la Républque lors du congrès de l'Assemblée des départements de France (Rodez - Aveyron / 18 octobre 2001)
Il revient à l'Etat de jouer pleinement son rôle dans ce qu'il peut accomplir mieux que d'autres. Cela n'implique certes pas un Etat faible, en repli, doutant de lui-même, mais bien au contraire un Etat actif, conscient de ses responsabilités, décidé à les assumer pleinement, modernisé, réorganisé, affirmant ses missions avec plus de force. Face à des problèmes aussi graves que l'insécurité ou la lutte contre le terrorisme, tout affaiblissement de la loi républicaine, tout renoncement de l'Etat, toute atteinte à son autorité, doivent être proscrits. D'autres politiques ne peuvent être bien définies qu'au niveau européen : c'est le cas par exemple pour la monnaie, le contrôle des migrations, les règles de protection de l'environnement, ou la négociation de nos tarifs douaniers avec le reste du monde. Je pourrais citer d'autres exemples. L'Union européenne permet aux Etats de mener ensemble des actions qu'ils n'avaient plus les moyens de conduire efficacement à l'échelon national. Loin de diminuer notre capacité d'action, elle l'augmente. Mais beaucoup plus de responsabilités devront désormais relever exclusivement des communes, des départements, des régions. Dans une France en mouvement, dans l'Europe telle qu'elle se construit, dans le monde tel qu'il évolue, c'est aujourd'hui devenu essentiel. Une nouvelle philosophie de l'action est déjà à l'oeuvre. Elle fait confiance aux énergies qui naissent de nos territoires et grandissent par l'initiative des forces vives de notre pays. Elle a compris que les impulsions qui viennent du sommet ne descendent pas vers la base par ondes successives mais conduisent très souvent à des situations de blocage. Elle aspire à l'innovation, au dynamisme et à la création de richesses en faisant confiance à l'esprit d'engagement, à la mobilisation des talents, à la confrontation des idées, au dialogue et au contrat. En Europe, nous voyons apparaître une véritable compétition des territoires pour attirer les investissements pour créer nos emplois. Avec l'euro, les économies européennes ne se concurrencent plus par la valeur de leurs monnaies mais principalement par l'école, par les équipements, par les services publics. Et, bien sûr, elles se concurrencent aussi par le niveau de l'impôt et par la simplicité des réglementations. Dans cette compétition, nous avons des points forts, mais aussi des faiblesses, et vous les connaissez, je n'y reviendrai pas aujourd'hui.L'omniprésence de l'Etat associée, c'est vrai, à une certaine forme d'impuissance publique, nous pénalise. Une attention accrue doit être apportée à la performance de la gestion publique. Un effort plus important doit être consacré aux infrastructures, à l'aménagement du territoire, à l'animation de l'économie locale. La compétition des territoires exige de notre Etat qu'il donne l'exemple en se réformant, qu'il lève les hypothèques qui pèsent sur notre avenir, qu'il desserre les freins qui nous empêchent d'avancer, et bien sûr qu'il donne plus de pouvoirs aux territoires. Les responsabilités de nos collectivités territoriales doivent impérativement être élargies. Si l'on regarde les pays voisins, par exemple l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, tous ont dans ce domaine une très réelle avance sur nous. |