Extraits du discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à la chambre économique fédérale d'Autriche (12 février 1998).  

(...)Dans moins d'un an, en effet, l'Union européenne disposera de sa monnaie unique, l'euro, qui deviendra l'autre grande devise du monde.

La création de l'euro est un événement historique pour l'ensemble de nos économies et, d'ailleurs, de nos concitoyens. L'euro, cela signifie d'abord la fin des dévaluations compétitives en Europe, et chacun sait les conséquences dommageables que ces mouvements monétaires ont pu avoir pour les pays qui les subissaient. L'euro doit être une monnaie solide, une monnaie forte car c'est un atout pour l'investissement, pour la croissance et donc pour l'emploi dans nos pays. Vous savez combien la France et l'Allemagne, aussi d'ailleurs, sont sensibles à ce problème d'emploi. Mais l'euro, c'est aussi une Europe qui exercera, face au dollar, une puissance monétaire à la mesure de son économie, une économie qui, ne l'oublions pas, est déjà la première du monde.

L'euro va modifier profondément la vie de nos concitoyens et aussi de nos entreprises. Il va définitivement unifier le grand marché européen. Nous devons nous y préparer activement. Nous devons faciliter son introduction et donner pleinement confiance à tous les Européens qui en bénéficieront, confiance dans cette nouvelle monnaie, dans leur nouvelle monnaie.

Nos deux pays, l'Autriche et la France, sont déterminés à réaliser l'union économique et monétaire. Ils ont tous les deux oeuvré avec conviction pour la réalisation de ce projet. En particulier, les mesures très significatives de remise en ordre des finances publiques prises depuis 1995, tant en Autriche qu'en France, traduisent cette forte volonté. Le redressement des comptes publics ne nous est pas imposé par l'Europe, comme certains voudraient le faire croire pour des raisons purement polémiques. Ce redressement des comptes publics est tout simplement une exigence parce que nous savons, d'expérience, que laisser filer les déficits c'est affaiblir nos pays et compromettre l'avenir.

Mais ne nous trompons pas. L'euro ne nous exonérera pas d'entreprendre les réformes, notamment les réformes de structures, dont tous nos pays ont besoin. Et, ce n'est pas une tâche facile, notamment politiquement, parce que les conservatismes restent très forts, mais l'adaptation est indispensable pour réussir l'Europe de demain et donner à nos économies des chances nouvelles de croissance.

Nos deux pays partagent le même souci dans beaucoup de domaines et, notamment, celui de favoriser une meilleure coordination des politiques économiques au sein de la future zone euro, sans toutefois bien sûr porter atteinte à l'indépendance de la Banque centrale européenne. Des progrès importants ont été accomplis dans ce domaine. Il s'agit maintenant et concrètement de faire vivre une coordination efficace et indispensable des politiques économiques.

L'Autriche va exercer une responsabilité considérable dans la deuxième partie de l'année 1998 puisqu'elle assumera la présidence de l'Union européenne dans la phase ultime qui précédera l'arrivée de l'euro. 

Elle sera également confrontée aux problèmes des réformes liées à l'élargissement ou à l'ensemble des problèmes posés par l'agenda 2000. Mais je sais que nous pourrons tous, Européens, compter sur l'Autriche, sur un pays déterminé, sur un pays compétent pour assurer une introduction réussie de la monnaie unique et un progrès substantiel vers la construction de l'Europe de demain. Et je fais toute confiance, pour cela, naturellement, à l'Autriche.

L'Autriche et la France partagent le même attachement aussi à la dimension sociale de l'Union. C'est un élément essentiel de la construction européenne.

Le Conseil européen extraordinaire sur l'emploi, qui s'est tenu en novembre dernier à Luxembourg et à la préparation duquel l'Autriche et la France ont très, très activement contribué, a permis de mobiliser encore davantage les énergies autour de cet objectif, qui doit être placé au coeur de la construction européenne. L'Europe que nous voulons construire, ce n'est pas une Europe désincarnée, c'est une Europe au service de l'homme.


Dans les années à venir, l'édification européenne s'opérera par une intégration accrue. Je ne donne pas à ce mot un sens politique. Elle s'effectuera aussi à travers l'élargissement que j'évoquais tout à l'heure.

Cet élargissement de l'Europe, de l'Union européenne a une dimension historique : nous ne pouvons pas bien sûr laisser à l'écart nos voisins européens qui ont recouvré la liberté. Mais cet élargissement, il faut en être conscient, implique une réforme institutionnelle préalable et d'importants efforts d'adaptation de la part des nouveaux candidats à l'adhésion. Mais, je ne suis pas inquiet sur ce point et convaincu que l'on ne peut pas conserver un système qui avait bien fonctionné pour six Etats, mais qui était déjà épuisé pour quinze et qui ne peut pas fonctionner au-delà de ce nombre. Je suis convaincu que, notamment, grâce à une bonne concertation entre l'Autriche et la France, nous pourrons trouver les éléments d'une réforme qui répondent aussi bien à l'efficacité nécessaire de la gestion de l'Europe de demain et, bien entendu, à la défense des intérêts légitimes de chacune des nations qui compose cette Europe.

L'intégration se fera. Un marché de près de 500 millions de consommateurs s'ouvrira peu à peu à toutes nos entreprises.

Dans cette perspective, l'Autriche jouera, comme elle le fait depuis la chute du mur de Berlin, un rôle de premier plan, notamment dans le domaine économique. L'histoire et la géographie ont déjà contribué à tisser des liens très étroits entre votre pays et ses voisins d'Europe centrale. A l'évidence, ces liens vont s'amplifier avec l'élargissement.

L'Autriche est aussi, pour nous Français, une porte d'entrée des pays d'Europe centrale et orientale. Les entreprises françaises sont nombreuses à l'avoir déjà compris.

Là encore, je vous incite tous à développer des partenariats prometteurs compte tenu des perspectives favorables offertes par les candidats à l'adhésion et qui seront bientôt membres à part entière de l'Union européenne.

Mesdames et Messieurs, vous allez explorer les moyens de développer les relations économiques et commerciales entre nos deux pays. Il n'y a pas de contentieux entre l'Autriche et la France. Il y a, sans aucun doute, un sentiment d'estime réciproque fort. Il y a, aujourd'hui aussi, un sentiment d'amitié et donc nous pouvons parler facilement dans la mesure également où beaucoup de nos objectifs, pour ce qui concerne la vision de l'Europe de demain, sont des objectifs communs. 

Alors, soyons audacieux !

Il s'agit de notre amitié. Il s'agit du développement de nos entreprises. Il s'agit de la prospérité de nos économies. Au-delà, il s'agit de l'Europe, de cette solidarité que nous devons faire vivre et grandir au service de la paix, de la démocratie et du développement. Elle repose sur vous, chefs d'entreprise pour une large part, qui devez apprendre à travailler et à progresser sans cesse davantage ensemble. C'est vous qui démontrez jour après jour que rassemblés on est meilleur, meilleur et plus fort que divisé, et qu'ensemble on peut gagner.(...).