Extraits du discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, lors de la présentation des voeux du corps diplomatique (Palais de l'Elysée - 7 janvier 1998).
(...) Dans ce contexte annonciateur d'une nouvelle configuration planétaire, où le Japon, l'Inde, l'ASEAN, le MERCOSUR, l'Afrique occuperont également toute la place qui doit leur revenir, 1998 sera d'abord l'année de l'Union européenne. Dans moins d'un an, l'euro sera créé. Ce sera un événement sans précédent dans l'histoire. Une étape décisive de l'unification européenne. Facteur de croissance et d'emploi, j'en suis sûr, la monnaie unique nous conduira à un rapprochement progressif de nos politiques économiques. Cette démarche doit aller de pair avec l'affirmation d'un modèle social européen. Nous voulons une Europe compétitive et humaine. Ces deux dimensions ne sont pas incompatibles. Elles sont même complémentaires. L'euro, monnaie de l'Union européenne, l'Union européenne elle-même première puissance économique du monde, apportera aussi une contribution majeure à un meilleur équilibre du système monétaire international. Sa naissance, la naissance de cette monnaie, sera, j'en suis sûr, un heureux événement pour tous vos pays. Renforcée, l'Union va également engager, dans quelques semaines, son élargissement le plus ambitieux. Progressivement, c'est toute la famille européenne, forte de près de 500 millions de femmes et d'hommes, qui va enfin se rassembler. Pour la première fois dans l'Histoire, cette union de nos nations, respectueuse de leurs diversités, ne s'écrit pas dans le sang. Autour de l'entente franco-allemande, elle établit pour toujours la paix. Elle confirme le retour de l'Europe en tant qu'acteur essentiel sur la scène du monde. Le moment est en effet venu, pour l'Union européenne, d'assumer progressivement ses responsabilités internationales et de défense. Parce que c'est l'intérêt de tous, elle doit le faire sans complexe, dans un partenariat équilibré et renouvelé avec son grand allié, les Etats-Unis. Le renforcement des industries européennes de défense, décidé par la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, rejoints par l'Italie et l'Espagne, contribuera à ce meilleur équilibre. Mais l'Alliance atlantique, qui demeure un élément fondamental de notre sécurité, doit aussi aller jusqu'au bout de sa réforme et poursuivre son élargissement, notamment à la Roumanie et à la Slovénie. Le nouveau concept stratégique, que l'Alliance doit adopter lors de son Sommet de 1999, devra constituer l'un des fondements de cette nouvelle Charte transatlantique que j'ai proposée il y a deux ans devant le Congrès des Etats-Unis. Sur le terrain, l'OTAN doit continuer, avec ses partenaires, à assurer, en Bosnie, une paix fondée sur la réconciliation et la justice. Les Européens y assument la plus grande part de l'aide économique et de l'effort militaire. Le moment est venu de décider, avec nos partenaires américains, les modalités de la poursuite de notre mission. La France en prendra toute sa part dès lors que ses alliés confirmeront, à due proportion, leur engagement. Elle est prête à examiner l'implication, pour la première fois, du Corps européen. Au-delà, je souhaite que l'Union européenne contribue mieux à la stabilisation de l'ensemble du Sud-Est de notre continent. Avec la même détermination, l'Union doit développer le processus de Barcelone en Méditerranée, processus qui doit renforcer la compréhension entre nos civilisations et faire reculer la violence. Cette violence qui frappe de manière barbare l'Algérie et son peuple. Et je tiens à exprimer devant vous la profonde émotion de tous les Français devant ces massacres d'innocents. Et dans cette épreuve, la France se sent solidaire de l'Algérie à laquelle elle souhaite apporter aide et coopération. L'Europe doit aussi s'engager davantage au Proche-Orient. Et la France y veillera. Face au danger de mort qui menace le processus de paix, les Européens devront rester en initiative et assumer toutes leurs responsabilités, en liaison bien sûr avec les Etats-Unis. Enfin, l'Union européenne doit renforcer ses liens avec ses grands partenaires dans le monde : ceux d'Asie lors du prochain sommet de l'ASEM, ceux d'Amérique latine lors de notre premier sommet l'an prochain, et naturellement ceux d'Afrique. La France, je vous l'indique, sera, sur ce dernier point, particulièrement attentive aux conditions du renouvellement de la convention de Lomé. L'Europe s'honore d'être, et de loin, le premier donneur d'aide au monde. Elle doit le rester. Il est un dernier domaine, mais il est évidemment essentiel, où les Européens doivent se mobiliser : celui des grandes questions de société. La capacité de notre Union à répondre aux préoccupations quotidiennes de nos peuples déterminera leur attachement à son égard. Oui, l'Europe doit s'engager davantage dans la lutte contre le crime organisé, contre la corruption, contre la drogue, contre le sida, pour la préservation de notre environnement ! Oui, l'Europe doit promouvoir avec imagination les droits de l'Homme et marquer avec éclat, cette année, les cinquante ans de la Déclaration Universelle ! Vous le voyez, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, avec ses partenaires européens et tous les pays que vous représentez si bien à Paris, la France entend apporter toute sa contribution à l'organisation d'un monde plus juste, plus équilibré, plus sûr et plus solidaire. (...) |