Extraits du discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion du XXème anniversaire de l'Institut français des relations internationales (4 novembre 1999).



(...)Un dialogue équilibré entre les pôles régionaux (...) ne pourra exister que si l'Union européenne devient elle-même un pôle majeur de l'équilibre mondial, en se dotant de tous les instruments d'une véritable puissance.

Un pas décisif a été franchi dans cette voie avec la création de l'euro, qui s'affirme peu à peu comme l'autre grande monnaie, celle, il faut le noter, de la première puissance économique et commerciale du monde. Il nous faut maintenant renforcer nos institutions pour qu'elles puissent fonctionner efficacement lorsque nous serons 25, peut-être même 30, Etats rassemblant, à travers nos nations, près de 500 millions de citoyens. Cette réforme pragmatique des institutions, préalable à tout élargissement, sera l'une des tâches prioritaires de la présidence française de l'Union
européenne, dans quelques mois.

Un autre chantier doit aussi nous mobiliser, celui de l'Europe de la défense. Le Kosovo en a confirmé la nécessité, je dirais même l'urgence. Nous avons besoin d'une Europe de la défense crédible, capable d'agir soit au sein de l'Alliance atlantique, soit de façon autonome, selon la nature des crises.

Comment progresser ? Fin juillet, j'ai transmis à nos partenaires européens un plan d'action proposant la mise en place d'institutions et de capacités militaires efficaces pour que l'Union européenne puisse mieux assumer ses responsabilités. Ce chantier est immense. Il demandera du temps, il demandera des efforts, notamment financiers, il demandera en des moyens, notamment techniques. Il demandera donc de la volonté. Ce sera une autre priorité de la présidence française.

L'Union doit également développer ses liens avec les principaux acteurs de ce monde multipolaire : la Russie, sans laquelle il n'y a pas de paix et de sécurité sur notre continent, la Chine, le Japon, l'Inde, mais aussi avec les ensembles émergents, notamment dans le cadre des processus de l'ASEM et de Rio, et aussi avec l'Afrique. L'Europe contribuera ainsi à un meilleur équilibre mondial et retrouvera une place centrale dans le jeu planétaire.

Mais les Européens doivent renforcer d'abord leur coopération avec les pays au Sud de leur continent. C'est pourquoi j'ai proposé que, dans un an, et si les progrès attendus du processus de paix au Proche-Orient le permettent, se tienne en France le premier sommet de tous les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Europe et de la Méditerranée. Avec un objectif : édifier progressivement, d'une rive à l'autre de notre mer commune, pour la première fois depuis quinze siècles, un seul espace de stabilité et de paix, de coopération et de développement. C'est la voie de l'avenir.

L'Europe doit aussi renouveler ses liens historiques avec l'Afrique. En modernisant ses instruments d'aide et en s'engageant avec détermination aux côtés des dirigeants qui font le choix courageux de la bonne gouvernance, de la démocratie et de la paix. C'est une question de morale et c'est aussi notre intérêt à long terme.

En un mot, je souhaite que l'Union européenne, construite chaque jour par une négociation continue entre tous ses Etats, contribue, de la même façon, à la mise en place d'un réseau dense de relations organisées, harmonieuses, entre les différents pôles du monde.

Oui, notre monde a besoin aujourd'hui d'une Europe engagée, imaginative, attentive aux préoccupations des autres.(...)