04.01.2002 : Extraits du discours du Président de la République lors de la présentation des voeux du Corps diplomatique (Palais de l'Elysée)

L'Europe a tiré les enseignements des événements du 11 septembre mais des progrès restent à accomplir.

Notre identité commune s'est affirmée, symbolisée par ce moment de recueillement observé d'un bout à l'autre du continent le 14 septembre à midi. Une identité qui se nourrit de nos valeurs communes : la paix, la démocratie, l'attachement à la dignité de l'homme. Une identité que conforte, désormais, l'utilisation d'une même monnaie. Car c'est pour l'Union un moment historique. Avec l'euro, l'économie européenne dispose d'une monnaie stable et solide. Nous créons une zone de stabilité monétaire de plus de 300 millions d'habitants qui vient renforcer le système monétaire mondial. Mais avec l'euro, ce n'est pas seulement l'Europe économique que nous bâtissons, c'est aussi l'Europe de nos citoyens, désormais réunis par un bien commun : leur monnaie, qu'ils ont dès le premier jour adoptée avec confiance et empressement.

L'Union s'est aussi mobilisée avec rapidité pour répondre au besoin de sécurité exprimé par ses citoyens. L'adoption d'un mandat d'arrêt européen constitue un progrès du droit dont on ne mesure pas encore toute la portée. Il reflète la confiance que nous accordons mutuellement à nos démocraties et à nos systèmes judiciaires. L'Union est le bon niveau pour protéger les citoyens contre le terrorisme et le crime organisé. Aujourd'hui plus encore, l'Europe est tout à la fois une évidence, une nécessité et une urgence.

Mais l'Europe doit encore progresser pour être en mesure d'agir de façon collective dans la gestion d'une crise comme celle de l'Afghanistan, notamment sur le plan militaire. Nous avons mis en place les instruments d'une diplomatie et d'une défense. Mais il ne suffit pas de déclarer l'Union "opérationnelle". Il faut maintenant qu'elle agisse concrètement sur le terrain, car c'est en assurant effectivement les responsabilités que nous lui avons assignées que l'Europe tiendra toute sa place dans le monde.

Dans les Balkans, l'Union européenne a, depuis plus de dix ans, joué un rôle majeur pour la stabilité et la victoire de la démocratie. Les soldats européens ont été au premier rang. Mais l'Union doit faire plus. Elle a, en tant que telle, la vocation et les moyens d'assumer un rôle opérationnel dans cette région. Je ne doute pas qu'elle en aura la volonté et la France fera des propositions à cette fin.

Et au-delà, nous devons faire en sorte que l'Europe ait une véritable diplomatie active, cohérente, inventive. Ce sera l'un des principaux objectifs du chantier de refondation de l'Union européenne qui va nous mobiliser pendant les deux prochaines années. Ses autres enjeux sont d'une importance égale : comment combler le fossé entre le citoyen européen et ses institutions ? Comment concilier représentation et efficacité ? Comment répondre au besoin de leadership, dans une Union à plus de vingt-cinq États ?

Telles sont les principales questions que la Convention sur l'avenir de l'Europe doit traiter. La présence à sa tête du Président Valéry GISCARD d'ESTAING, dont chacun connaît l'engagement européen, est un atout pour préparer cette grande négociation que la France aborde avec ambition.

L'Europe a beaucoup à apporter : parce qu'elle s'est construite sur les ruines de la guerre, elle offre un message de réconciliation ; parce qu'elle a su combiner marché unique et solidarité, elle propose un modèle de société équilibrée ; et parce qu'elle s'est bâtie dans le respect de ses nations, elle représente un exemple réussi de dialogue des cultures.