Extraits discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion de sa rencontre avec la profession agricole (Aurillac - 2 octobre 1998). 

(...)L'Europe doit, en effet, renforcer sa cohésion pour mieux affirmer encore la vocation mondiale de son agriculture. Il doit être clair, pour tous les Etats membres comme pour les autres pays du monde, que l'agriculture et les industries agro-alimentaires européennes ont une grande ambition planétaire. Personne dans le monde d'aujourd'hui ne doit avoir le monopole du pouvoir vert.

C'est ce principe et cette volonté qui déterminent notre ligne de conduite dans toutes les grandes négociations et discussions internationales, qu'il s'agisse de l'Organisation Mondiale du Commerce ou des prochaines échéances européennes que nous évoquions tout à l'heure et dont parlait le Président de l'agriculture.

L'élargissement de l'Union ne doit pas servir de prétexte à un affaiblissement de la Politique Agricole Commune. De ce point de vue, les propositions formulées dans le cadre de l'Agenda 2000 ne peuvent pas être acceptées en l'état. Leur mise en oeuvre se traduirait notamment par des baisses de revenus inacceptables, je pense tout spécialement aux producteurs de viande bovine et aux producteurs de lait.

La Politique Agricole Commune, dont la France a largement profité grâce à son dynamisme, doit être maintenue dans tous ses principes fondateurs, et d'abord les organisations communes de marchés.

Vous le savez mieux que moi : ici, dans le Cantal, comme dans tout le Massif Central, la survie de la principale activité agricole, l'élevage extensif, dépend en réalité du maintien de l'organisation commune du marché de la viande bovine. Que cette organisation soit démantelée, et c'est tout le tissu économique et social rural qui est menacé. 

J'ai veillé personnellement au maintien du budget de la Politique Agricole Commune. Et je serai -je peux vous le dire-, extrêmement vigilant face à toute tentative de renationalisation de la Politique Agricole Commune qui ne pourrait se faire qu'au détriment de nos agriculteurs.

La vocation exportatrice de notre agriculture est la seule garantie véritable d'une valorisation durable de notre espace rural. Il serait absurde d'opposer entre elles les deux fonctions de l'agriculture : sa fonction de production et sa fonction de conservation du territoire. Un agriculteur est d'abord et avant tout un producteur. Et c'est parce qu'il produit, parce qu'il vend, parce qu'il exporte, qu'il contribue au développement de notre patrimoine rural et qu'il fait vivre les campagnes. C'est par le maintien d'une agriculture performante et compétitive que les agriculteurs peuvent également contribuer à la protection et au développement des ressources naturelles. Il ne s'agit pas de transformer les paysans en jardiniers de la nature appointés par l'Etat ou en cantonniers du XXIe siècle. Leur raison d'être, la noblesse de leur métier, leur dignité, c'est de travailler pour nourrir leurs semblables.(...)