Extrait du discours du Président de la République, lors de la 9ème Conférence des ambassadeurs (Palais de l'Elysée)
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Lundi 27 août 2001 Je vous parlerai aujourd'hui de l'Europe,
de la nouvelle donne stratégique, de nos efforts en faveur
de la paix et enfin de l'organisation de la société
internationale. Ces étapes franchies, de nouveaux horizons ont été esquissés. Sous présidence française, nous avons décidé de lancer un grand débat sur l'avenir de l'Europe. Engagé au niveau national, ce débat se prolongera l'année prochaine au niveau européen, dans le cadre d'un forum ouvert qui pourrait être par exemple une convention. En 2004, il sera consacré par une Conférence intergouvernementale. Pour l'essentiel, les thèmes correspondent à ceux que j'avais identifiés dans mon discours au Bundestag : délimiter les compétences entre l'Union et les Etats membres pour mieux préciser qui fait quoi en Europe ; simplifier les traités pour en assurer une meilleure lisibilité ; préparer les ajustements institutionnels nécessaires pour renforcer l'efficacité de notre système décisionnel ; donner un rôle accru aux Parlements nationaux pour introduire plus de démocratie dans le fonctionnement de l'Union ; et enfin, préciser le statut juridique de la charte des droits fondamentaux afin de mieux ancrer nos valeurs communes. Ces thèmes, sans être limitatifs, soulignent déjà toute la portée de la Conférence de 2004. Elle se traduira sans doute par des aménagements en profondeur de l'édifice progressivement construit. Guidés par notre ambition européenne, par notre quête pour rapprocher l'Europe des citoyens, par le principe de subsidiarité, il nous faudra notamment énoncer, sans timidité, les domaines où nous devrons aller vers plus d'Europe, dans le cadre, souhaité par la France, d'une Fédération d'Etats Nations. Parmi ces domaines, il y a l'action extérieure de l'Europe. J'ai choisi de vous en parler car notre rencontre s'y prête tout naturellement. D'abord, ne sous-estimons pas les progrès réalisés ces dernières années. Le Haut Représentant,, aujourd'hui M. SOLANA, porte désormais la voix de l'Europe dans les Balkans comme à Charm-el-Cheikh. Il est reconnu comme un interlocuteur de premier plan sur la scène internationale. Le Comité de politique et de sécurité, créé par le Traité de Nice, s'est mis au travail et devient chaque jour davantage la cheville ouvrière de la PESC. Il intervient en permanence dans la gestion des crises. Au cours des prochains mois, les capacités européennes de défense déjà décidées seront mises en place et, si nécessaire, actualisées. Les arrangements négociés avec l'OTAN sont satisfaisants. Ils garantissent que l'Europe de la Défense se construit en harmonie avec l'Alliance. Sans doubles emplois inutiles, ils assurent l'autonomie de décision de l'Union qui doit pouvoir, le cas échéant, agir avec ses seuls moyens. Ainsi, à la fin de l'année, le dispositif imaginé à Saint-Malo sera opérationnel. C'est un grand chemin parcouru depuis trois ans ! Cette nouvelle capacité d'action sera naturellement affectée en priorité au traitement des crises qui concernent directement la sécurité de l'Union. Faut-il aller au-delà ? Pour ma part, j'y suis favorable car je considère qu'il est dans la vocation et dans l'intérêt de l'Europe d'apporter une contribution importante à la mise en oeuvre des opérations de maintien de la paix de l'ONU. Depuis des années, le Secrétaire
général des Nations Unies essaie de trouver des
solutions au problème du déploiement rapide et efficace
des opérations de maintien de la paix décidées
par le Conseil de sécurité. La France fera des propositions à ses partenaires afin qu'une réflexion soit engagée sur ce thème, qui est un thème important pour la place et le rôle de l'Union dans le monde. Mais, malgré ces progrès, l'Union européenne offre encore l'image d'un géant économique dont le poids politique n'est pas à la mesure de sa place dans le monde. Les divergences de fond ou de méthode sont trop fréquentes entre les Etats membres. Les ambitions diplomatiques pour l'Union sont inégales. La politique extérieure et de sécurité commune se traduit trop souvent par des déclarations reflétant le plus petit commun dénominateur. Que faire pour que l'Europe pèse davantage sur la scène internationale ? Que faire pour lui donner l'élan et la force d'attraction qui lui manquent dans ce domaine ? Pour les prochaines années, je suggère plusieurs pistes dont la combinaison pourrait apporter une réponse. - D'abord renforcer le sentiment d'identité européenne. Pour exprimer à l'extérieur des positions fortes, les pays membres de l'Union doivent mieux affirmer leurs références communes, les valeurs, les principes auxquels ils sont attachés. L'adoption d'une Constitution y contribuerait. Un tel texte rassemblerait les Européens en leur permettant par un acte d'approbation solennelle de s'identifier à un projet. Je constate avec intérêt que cette idée, que j'ai eu l'occasion d'avancer, fait son chemin. Faisons en sorte qu'elle voie le jour en 2004. - Il faut ensuite continuer à étendre le champ des actions extérieures de l'Union. Bien sûr, nous devrons opérer avec discernement mais certaines questions qui ont une dimension internationale forte appellent plus d'intégration. C'est le cas des politiques concernant l'immigration, les réfugiés, la lutte contre la criminalité, la drogue, la prostitution. Sur tous ces sujets, qui touchent la vie quotidienne de nos concitoyens et sur lesquels ils demandent plus d'Europe, nous devons avancer. Ayons à l'esprit la force et l'efficacité que la politique commerciale commune a apportées à l'Europe et à notre pays. - Mais il faut aussi que les institutions soient adaptées. Dans le domaine international, cette adaptation doit viser, je pense, trois objectifs. D'abord favoriser, sur les principaux sujets internationaux, la recherche d'analyses communes et, surtout, la définition de l'intérêt européen qui est bien davantage qu'un compromis entre les intérêts des Etats membres. En second lieu, veiller à ce que la voix de l'Europe soit portée avec force et constance, dans la durée. Enfin, assurer complémentarité et cohérence entre les différents intervenants et instruments de l'Union. La durée, la cohérence, la capacité à définir et porter l'intérêt européen sont indispensables. Or, aujourd'hui, les acteurs qui ont en charge la politique extérieure de l'Union, c'est-à-dire la Présidence, le Haut représentant, la Commission, ne disposent pas pleinement de ces trois atouts. Y remédier sera l'une des priorités de la France dans la réforme institutionnelle qui s'engage. - Je pense enfin que, pour avancer, l'Europe aura besoin, après l'élargissement, d'une avant-garde, du groupe pionnier dont j'avais esquissé les contours dans mon discours au Bundestag. La politique étrangère et de sécurité se prête naturellement à des coopérations approfondies au sein d'un groupe d'Etats, ouvert à tous ceux qui veulent aller plus loin et plus vite. En adoptant des positions convergentes sur des questions essentielles de politique étrangère, en réalisant en commun des projets de défense, quelques pays, l'expérience l'a prouvé, peuvent avoir une force d'entraînement qui bénéficie à tous ceux qui veulent se joindre à cet effort. Soyons ambitieux. C'est en bâtissant sur nos acquis qu'un long chemin a déjà été fait à un rythme rapide. Poursuivons dans cette voie. J'aurai l'occasion, dans les prochaines semaines, de reparler de l'Europe aux Français. |