Extrait de la conférence de presse conjointe du Président de la République, de M. Tony BLAIR, Premier ministre de Grande-Bretagne et de M. Lionel JOSPIN, Premier ministre à l'issue du Sommet franco-britannique (Cahors - Lot)
Vendredi 9 février 2001 "QUESTION : Monsieur le Président, il semble que, ce matin, avec le Premier ministre britannique, vous ayez évoqué une Europe fédérale d'Etats-Nations. Pourriez-vous expliciter cette réflexion, s'il vous plaît ? LE PRESIDENT : Nous avons évoqué l'avenir de l'Europe. Nous voyons bien que nous sommes, après Nice et avec l'élargissement, à un moment où il faut très sérieusement s'interroger sur quelle Europe voulons-nous pour demain et après-demain. Car il y a d'abord la forme et ensuite le fond. La forme : nous ne pouvons plus imposer une Europe
en dehors de tout débat démocratique. Et cela a
été, je crois, l'un des acquis de Nice que de décider
qu'un grand débat démocratique serait engagé
pour que les Européens et, dans chacun de nos pays, les
uns et les autres, puissent s'exprimer sur ce qu'ils veulent,
sur ce qu'ils sentent, quelles sont leurs intuitions, quelles
sont leurs volontés. Je crois que c'est capital. On ne
peut plus traiter aujourd'hui les grands problèmes concernant
l'avenir simplement au niveau des bureaux, des administrations
ou des responsables politiques. On ne peut pas confisquer les
débats. C'est vrai pour la mondialisation, c'est vrai pour
l'Europe. Alors, à partir de là, j'observe, en écoutant, en regardant, que tout nous conduit à approfondir la démarche européenne, à approfondir l'Europe. A nous intégrer davantage. Nous voyons bien aujourd'hui la puissance américaine. Nous voyons les perspectives de puissance en Asie, la Chine, le Japon, même s'il connaît quelques difficultés actuellement, il en sortira plus vite qu'on ne le pense, l'Inde, l'Amérique du sud. Nous voyons bien que, si nous voulons conserver notre place dans le monde, si nous voulons maintenir nos valeurs et les défendre le cas échéant, nous devons être organisés. Je crois que plus personne ne le conteste, encore que ce débat aura probablement pour effet également d'en faire prendre plus clairement conscience. Et que, par voie de conséquence, cette plus grande intégration, cet approfondissement nous conduisent effectivement vers ce que certains pourraient appeler une Fédération d'Etats-Nations. Si je parle de Fédération d'Etats-Nations, je dis tout de suite que je ne fais référence à aucun principe revendiqué par les uns ou les autres. Je crois que la véritable notion sortira du débat démocratique. C'est en s'appuyant sur ce débat que l'on pourra le définir. Je pense que personne, aujourd'hui, en Europe, n'est prêt à renoncer à l'identité de sa nation. Je ne crois pas, en dehors naturellement de quelques personnalités, soit visionnaires, soit, peut-être, moins responsable, je crois que personne ne peut aujourd'hui envisager de remettre en cause les Etats-Nations dans leur identité, en tant que personnes du droit international. Mais, en revanche, chacun voit bien que le rapprochement, l'intégration, conduisent à un système qui est déjà une certaine Fédération et qui ne peut qu'accentuer cette image, cette organisation. Alors, voilà la façon dont je ressens les choses, aujourd'hui. Mais, je le répète et c'est ce qui est essentiel, tout ceci doit aujourd'hui dépendre non pas de l'affirmation de quelques responsables mais doit sortir d'un vrai et grand débat démocratique éclairant l'ensemble du problème, à partir de quoi, naturellement, les responsables politiques pourront en tirer des conclusions. Voilà ce que je pense aujourd'hui. " |