Extrait de l'allocution de M. Jacques CHIRAC, Président de la République(Palais de l'Elysée)
4 janvier 2001 : Voeux du corps diplomatique

Il y a un an, alors que la France se préparait à exercer la Présidence
de l'Union, j'avais évoqué devant vous mes espoirs pour l'Europe. Une
lourde tâche nous attendait : nous avions reçu mandat de parvenir à un
accord sur la réforme des institutions. Les Quinze, à Amsterdam,
n'avaient pu conclure, tant les obstacles étaient considérables. Ces
obstacles, à Nice, ensemble nous les avons surmontés. Nous avons réussi à trouver le difficile équilibre entre représentativité et efficacité.
Au-delà des polémiques ou des interrogations, je le répète : le Traité
conclu est le meilleur accord possible compte tenu des contraintes qui
existaient. Il répond à notre première préoccupation : conserver à
l'Union sa capacité de décider, après que l'Europe aura procédé à un
élargissement sans précédent.

Nous avons ainsi rempli nos engagements. Et je me réjouis que les pays
candidats aient bien accueilli les résultats de Nice. Je l'ai dit à
Dresde le 3 octobre dernier, à l'occasion du 10ème anniversaire de la
réunification de l'Allemagne, notre plus proche partenaire en Europe :
nous attendons avec impatience ces peuples qui vont nous rejoindre. Ils
se préparent avec détermination à l'adhésion. Notre concours ne leur
fera pas défaut.

Une fois de plus les Européens ont su relever le défi. Ils l'ont fait en
alliant ambition et réalisme et en posant, dès l'étape franchie, des
jalons pour l'avenir.
C'est ainsi que l'Europe avance, n'en déplaise aux sceptiques.

Jetons un regard sur les évolutions depuis Helsinki, marquées par les
progrès réalisés de Lisbonne à Nice, et constatons que l'Europe s'est
affirmée.
L'Europe est aujourd'hui plus forte. Elle a franchi une étape majeure
dans la mise en oeuvre de sa politique étrangère et de défense. Le
Comité politique et de sécurité, cheville ouvrière du dispositif mis en
place, a été inscrit dans le Traité. L'ambition européenne de se doter,
dès 2003, des moyens de projeter 60.000 hommes sur un théâtre
d'opérations a été acquis à Nice et a donc donné à la réforme toute sa crédibilité.

J'ai déjà pu constater qu'à Moscou, à Washington ou en Asie, ces
développements suscitent un véritable intérêt. Ils vont permettre de
nourrir le dialogue que l'Union conduit avec ses grands partenaires,
dialogue qui préfigure l'organisation du monde multipolaire de demain.

L'Europe se renforce aussi en affirmant qu'elle est une communauté de
valeurs avant d'être une communauté d'intérêts. Défendue par les élus
européens et nationaux, défendue par la société civile, la Charte des
droits adoptée à Nice a une portée politique dont on n'a pas encore
mesuré toute l'ampleur. Elle donne au projet européen un sens nouveau.
Elle donne aux citoyens européens une raison supplémentaire de vivre
ensemble leur aventure commune.

Confortée dans son modèle social, l'Europe est aussi plus assurée de son économie. Son taux de croissance est le plus favorable depuis dix ans, la coordination des politiques économiques s'approfondit au sein de
l'Ecofin et de l'Eurogroupe et c'est avec confiance que nous nous
préparons à cet événement majeur que sera, dans un an, l'entrée de
l'euro dans la vie quotidienne des citoyens européens.

Plus forte enfin, parce qu'elle se rapproche des citoyens. L'Europe
répond mieux à leurs besoins de protection. C'est le sens de l'action
qui a été conduite ces derniers mois pour accroître la sécurité
maritime, la sécurité alimentaire, la lutte contre le crime organisé. Ce
sera le sens de l'action de la présidence suédoise qui a fait de
l'environnement l'une de ses priorités. Nous connaissons son engagement dans ce domaine, nous lui faisons confiance et nous lui offrons naturellement tout notre concours.

C'est à elle aussi qu'il revient de lancer le débat sur l'avenir de
l'Europe en engageant la réflexion sur la délimitation des compétences
entre l'Union et les Etats ; la réorganisation des traités, pour les
rendre plus clairs aux yeux des citoyens ; le statut de la Charte des
droits fondamentaux et le rôle des parlements nationaux. Je m'en réjouis
car ces thèmes rejoignent ceux que j'avais évoqués en juin dernier
devant le Bundestag en esquissant les contours d'une future constitution européenne, portée par une vision de l'avenir qui donnera sa plénitude à l'Europe des peuples.