Extraits de la conférence de presse conjointe de M. Jacques CHIRAC, Président de la République et de M. Romano PRODI, Président de la Commission européenne, à l'issue du sommet Union européenne/Chine (Pékin - Lundi 23 octobre 2000)
| LE PRESIDENT : Mesdames, messieurs, [...] Cette visite en Chine a été dominée par le sommet Europe-Chine, au lendemain de l'ASEM. Nous avons évoqué tous les problèmes bilatéraux, entre l'Union européenne et la Chine. Un mot pour dire qu'incontestablement, nos partenaires asiatiques [...] ont marqué un intérêt probablement plus grand que celui qu'ils avaient marqué dans le passé, à la fois pour l'évolution de l'Europe et pour la nature des relations que cette évolution impliquait entre l'Asie ou la Chine et l'Europe, impressionnés par les trois grandes évolutions récentes de l'Union : s'agissant de la monnaie, s'agissant de l'élargissement et s'agissant de la création d'une Europe de la défense. Ce qui, dans leur esprit, fait apparaître une réalité qui est la construction d'un pôle européen qui, dans le monde multipolaire que nous souhaitons pour demain, devrait connaître une place éminente et qui, cela va de soi, représente pour l'Asie un intérêt croissant. [...] Parmi les sujets traités, il y a eu nos échanges commerciaux et leur développement très rapide, mais aussi l'existence d'un déficit commercial important au détriment de l'Europe Il y a eu l'adhésion de la Chine à l'OMC. Vous le savez, les consultations bilatérales sont terminées. Les consultations multilatérales à Genève sont en cours et nous sommes convenus de la nécessité de régler les derniers problèmes qui existent encore, de façon à ce que cette adhésion puisse avoir lieu dans les délais les plus bref possibles, c'est-à-dire dans les semaines à venir. Et le Commissaire européen, M. Pascal LAMY, qui est un de nos compatriotes, travaille en ce moment pour atteindre cet objectif. Nous avons également évoqué, cela va de soi, les problèmes liés à la divergence de vues qui existe entre nos deux grands ensembles concernant les droits de l'Homme [...] qui ont fait l'objet d'un entretien que j'ai eu hier, avec le Président JIANG Zemin. Il y a eu un geste spécial, dans la mesure où, cette année, c'est le ministre français des Affaires étrangères, en sa qualité de Président du Conseil des Ministres européens, accompagné de notre Haut représentant, M. SOLANA, chargé de la politique étrangère et de sécurité commune, et d'un de mes collaborateurs, mon conseiller diplomatique, qui a remis en main propre au Vice-ministre des Affaires étrangères [...] une liste des problèmes que nous considérons comme sérieux et devant faire l'objet d'un règlement particulier [...]. Enfin, [...] vous savez que la Chine a été tout de même très impressionnée par le très grave drame qui s'est déroulé à Douvres, lorsque l'on a découvert des immigrés clandestins, morts dans un camion, dans des conditions épouvantables et, à l'initiative de la Commission et de la Présidence, il a été décidé qu'une coopération active serait mise en oeuvre immédiatement pour permettre de lutter contre les auteurs de ces trafics sur les personnes humaines, qui sont absolument inacceptables et scandaleux [...]. [...] Je rappelle que le dialogue euro-chinois dans le domaine des Droits de l'Homme [...] est une réalité qui permet de faire progresser les choses (dialogue qui n'était pas imaginable il y a peu de temps encore) ; que la signature des deux Pactes [de 1966 de l'ONU sur les droits économiques, sociaux et culturels et sur les droits civils et politiques] est une réalité qui n'a rien d'une promesse ou d'une intention, que leur ratification sera, je le pense, demain une réalité. Et je répète que les choses, effectivement, progressent même si nous souhaiterions qu'elles progressent plus rapidement. [...] Pour ce qui concerne [...] l'aide à la Chine pour clore les négociations de l'OMC, la Chine n'a pas besoin d'aide. La Chine assume ses responsabilités. Elle défend ses intérêts. Il s'agit d'une négociation, et cette négociation s'achève. Elle est conduite côté européen par la Commission, et plus particulièrement par le Commissaire, M. LAMY, et côté chinois par l'autorité compétente qui est un Ministre, sous le contrôle et sous l'impulsion du Premier Ministre [...]. Il s'agit de clore une négociation où chacun, légitimement, défend ses intérêts avant de conclure pour le plus grand bénéfice des deux parties. S'agissant des difficultés entre la Chine et la France, pour dire la vérité, je n'en vois pas de particulières. Nous avons des sommets bilatéraux tous les ans. Nos relations se déroulent en permanence. A l'occasion des sommets, [...] nous avons la possibilité de faire des consultations politiques sur les problèmes stratégiques qui concernent directement la Chine et la France, qui sont toutes les deux membres permanents du Conseil de sécurité : Tous les problèmes qui touchent au désarmement, et notamment à l'éventuelle mise en cause du Traité ABM, du Traité de lutte antimissile, les problèmes du monde multipolaire, la situation en Corée, les crises régionales, comme celle des Balkans ou celle du Moyen-Orient. Sur tous ces sujets, en règle générale, la Chine et la France ont des approches communes et des points de vue communs qui se traduisent d'ailleurs par des votes communs au Conseil de sécurité des Nations Unies. Alors, nous avons également une conviction commune qui est de renforcer le lien entre l'Asie et l'Europe [...]. [Nos] discussions sont l'occasion de faire le point soit avec l'Europe, soit avec la France, mais dans le même esprit et de la même façon, pour ce qui concerne les problèmes des Droits de l'Homme. Je vous ai dit que nous espérions que nous repartions d'ici avec le sentiment qu'un pas important serait franchi rapidement par la ratification par l'Assemblée nationale populaire (dont le Comité permanent a été saisi) du premier Pacte, et probablement, dans la foulée, du deuxième. |