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PRESIDENT - Je vais tout d'abord, en qualité de Président
de l'Union européenne, vous donner, au nom de cette
présidence et des autorités
françaises qui la composent, des éléments
d'information qui reflètent très
exactement ce qui a été fait et les conclusions,
le point où nous en
sommes de nos travaux, qui nous conduiront jusqu'à Nice.
Et, bien
entendu, je parle là au nom des Quinze.
D'abord, je voudrais dire que, même si
nos esprits étaient mobilisés par les événements
extérieurs que nous connaissons, cela n'a pas été
naturellement de nature à modifier le déroulement
de nos travaux. Hier
matin, conformément au programme, nous avons assumé
la totalité de
notre agenda de même que l'après-midi et à
l'occasion du dîner. C'est à
l'occasion du déjeuner, comme il était prévu,
qu'ont été traités les trois
problèmes, le problème dramatique du Proche Orient,
le problème
d'espérance de la Serbie et le problème, inquiétant
pour tous nos
compatriotes, du pétrole. Je le dis pour que les choses
soient claires.
Nous avons donc eu hier matin, hier après-midi
et hier soir huit heures de
discussions approfondies sur la seule réforme institutionnelle.
Et j'en
retiens trois enseignements. D'abord, nous sommes tous d'accord
pour
nous fixer un haut niveau d'ambition pour le futur traité
de Nice. Ensuite,
nous avons enregistré de réels progrès sur
deux sujets importants sur
quatre, c'est-à-dire la majorité qualifiée
et les coopérations renforcées.
Enfin, nous sommes vraiment entrés dans la négociation
sur les deux
sujets les plus sensibles : la composition de la Commission et
la
repondération des voix.
Alors, d'abord, nous avons enregistré
de réels progrès sur la majorité
qualifiée et les coopérations renforcées.
C'est un point très important pour l'avenir de l'Europe
et il existe déjà un accord sur de très nombreux
articles. Il y a toutefois certaines questions qui restent encore
à éclaircir et devront l'être avant Nice,
enfin à Nice, pour lesquelles nous avons
néanmoins qualifié les enjeux et identifié
des pistes vers les solutions.
Dans le domaine fiscal, il reste des réserves mais beaucoup
sont ouverts, notamment pour ce qui concerne les adaptations techniques
et la coopération dans la lutte contre la fraude. Dans
le domaine social, une
ouverture existe sur tout ce qui ne touche pas aux principes de
la sécurité sociale. En matière de politique
commerciale extérieure, nous devrions pouvoir avancer dès
lors que cela ne constitue pas une extension des compétences
communautaires et que l'on trouve un traitement satisfaisant pour
les secteurs les plus sensibles, notamment dans le domaine culturel.
Enfin, dans le domaine de la justice et des affaires intérieures,
un problème particulier se pose, qu'il faudra approfondir
pour l'asile et l'immigration.
Au-delà de ces questions centrales, quelques
autres difficultés ont été
relevées et vont être approfondies sur la non-discrimination,
sur l'environnement et sur la cohésion. Tout cela devant
former à Nice un
ensemble équilibré. Voilà pour les majorités
qualifiées.
Pour les coopérations renforcées,
des gros progrès ont été constatés,
notamment sur les principes régissant ces coopérations
et sur lesquels
tout le monde s'est mis d'accord. Elles doivent avoir un caractère
totalement ouvert, autrement dit n'exclure personne. Elles doivent
respecter l'acquis communautaire et elles doivent s'inscrire dans
le cadre
institutionnel.
On se rapproche d'un accord sur la mécanique
de déclenchement, qu'il
s'agisse du nombre minimum de pays, de la clause d'appel au Conseil
européen ou de la clause du dernier ressort.
Pour la PESC et surtout pour la sécurité
et la défense, une ouverture
existe et il reste à trouver quelques modalités
adaptées.
En deuxième lieu, nous sommes vraiment
entrés dans la négociation sur
les deux thèmes les plus sensibles, la Commission et la
pondération des
voix.
Sur la Commission, chacun comprend qu'il est
nécessaire de réorganiser
la Commission pour la renforcer avant l'élargissement,
afin de la rendre
plus efficace. Deux schémas sont sur la table : soit le
plafonnement du
nombre des commissaires avec rotation égalitaire entre
tous les Etats
membres ; soit une Commission avec au moins un national par Etat
membre, alors se pose la question de sa réorganisation.
Il faudra choisir à Nice entre ces deux formules qui vont
être discutées par la Conférence
intergouvernementale jusqu'à Nice. Il faudra le faire en
ayant à l'esprit,
naturellement, l'intérêt général de
l'Union.
Sur la pondération des voix, deux options
sont sur la table dans le
contexte de l'élargissement et de la nécessaire
prise en compte de la
légitimité démocratique : soit une repondération
simple, soit un système
de double majorité. Là encore, nous allons travailler
d'ici Nice pour dégager la solution la meilleure pour le
bon fonctionnement de l'Union élargie dans l'avenir.
Sur ces deux questions les plus sensibles, naturellement,
nous avons eu
des discussions particulièrement utiles et approfondies,
notamment au
cours du dîner d'hier soir, un dîner qui a été
particulièrement chaleureux,
solidaire, ouvert et dont je garderai la meilleure impression
pour ce qui
concerne l'évolution des choses. Au niveau des Chefs d'Etat
et de
gouvernement, en effet, chacun comprend mieux la position des
autres et
chacun, je l'ai bien noté hier soir à l'issue du
dîner, s'inscrit dans une
volonté d'aboutir. C'était très important.
Au total, de vrais progrès ont été
constatés. Nous sommes tous
déterminés à parvenir à un accord
substantiel sur ces quatre questions à
Nice afin de permettre une véritable réforme des
institutions de l'Union
indispensable à l'élargissement.
Ce matin, nous avons donné un accord unanime
des Chefs d'Etat et de
gouvernement au projet de Charte des droits fondamentaux de l'Union
européenne. Celle-ci pourra donc être proclamée
au Conseil européen de
Nice après accord de toutes les institutions concernées.
C'est un texte qui fera date car il énonce, pour la première
fois, les valeurs, les principes, les droits essentiels dans lesquels
se reconnaissent les quinze peuples de l'Union et qu'il propose
à ceux qui veulent les rejoindre. C'est aussi un texte
politique et ambitieux qui consacre ou conforte des principes
qui vont souvent au-delà de ceux qui sont déjà
proclamés, par exemple dans la Convention européenne
des droits de l'homme. Je pense notamment aux droits sociaux,
aux droits dit nouveaux comme la bioéthique, l'environnement
ou la protection des données. C'est enfin un texte qui
a été élaboré après une large
consultation de la société civile.
Nous avons eu, par ailleurs, une discussion intéressante
sur la mise en
place d'un dispositif visant à prévenir les violations
des principes
fondamentaux de l'Union. Il s'agit de l'article 7 du Traité.
De nombreux
Etats sont ouverts à l'idée de modifier dans ce
sens l'article 7 du Traité. La CIG va continuer de travailler
sur cette question d'ici le Conseil européen de Nice.
Enfin, et la France y était particulièrement
attachée, nous avons examiné
les problèmes de sécurité maritime sur la
base du rapport de la
Commission. Il faut en effet construire un espace européen
de la sécurité
maritime et nous avons fait le point sur les travaux engagés
depuis mars
dernier. A Nice, nous devrions pouvoir conclure la discussion
sur trois
sujets importants. L'élimination accélérée
des pétroliers les plus anciens,
l'amélioration du système d'agrément des
sociétés de classification et le
renforcement des contrôles dans les ports. Nous sommes tous
d'accord.
Nous devrions aussi disposer à Nice de
trois nouvelles propositions de la
Commission concernant le système européen d'information,
la création
d'un système d'indemnisation européen en complément
du FIPOL et la
création d'une structure européenne de sécurité
maritime. Et vous pouvez
compter naturellement sur la vigilance de la France pour que cet
ambitieux programme soit réalisé.
Enfin, naturellement, comme vous le savez, le
Conseil européen informel a évoqué hier,
à l'occasion de son déjeuner, deux grands sujets
d'actualité internationale : la situation au Proche-Orient,
cela va de soi, et je vous ai rendu compte hier de nos débats
et de nos conclusions. L'appel du Conseil européen a été
entendu, il était un appel parmi d'autres. Yasser ARAFAT
m'a dit ce matin qu'il acceptait de participer à un sommet
avec M. BARAK, sommet qui devrait avoir lieu demain ou après-demain
à Charm el Cheikh, en Egypte. Deuxième sujet, les
évolutions de la République fédérale
de Yougoslavie et, comme vous le savez, le Président KOSTUNICA
est en train d'arriver à Biarritz et nous allons avoir
un déjeuner de travail avec lui. |